A propos

De nos jours, un siècle après son surgissement, l’abstraction divise encore les artistes. Elle les divise selon nous ; car il y ceux qui la cherchent et la choisissent – en partie pour échapper aux contraintes parfois désolantes de la figuration – d’autres qui, étrangers à ces considérations téléologiques, en ont la révélation au moment même de l’expression.

Directrice pendant cinq ans du Département Art Russe chez Sotheby’s après une carrière dans la diplomatie qui la mena de Russie en Asie centrale, Nathalie Beras appartient à n’en pas douter à la vague d’une abstraction spontanée. Tout d’un coup, la toile carrée s’impose comme le réceptacle de visions au-delà des images. Ces images sont probablement celles qui émaillent sa culture trans-caucasienne : images de vitraux miroitant de jaune d’or, de faïences d’Iznik aux rouges de grand feu, de tapis tantôt naturalistes, tantôt stylisés, de la Perse au Turkestan. A ce substrat quasi-vernaculaire, on imagine d’autres images incorporées : toiles naïves et constructivistes de Gontcharova, sentiers minéraux et kaléidoscopiques de Vieira da Silva, Abstraktes Bild des années 1990 où Richter étire la matière en d’infinis glacis.

Au-delà du miroir, de la main et de la manière, il y a quelque pertinence à invoquer Richter lorsqu’on sait qu’entre autres mots d’ordre, il avait coutume de brandir celui-ci : « Nous avons besoin de la beauté dans toutes ses variations ». De toile en toile, la variation préside au réjouissant ballet des couleurs de l’œuvre de Nathalie Beras.

Jeanne Calmont, Deputy Director et Spécialiste du département d’Art Moderne chez Sotheby’s, Commissaire-Priseur